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Frédéric Lefèvre – La démocratie est en danger, prenons la main ! – septembre 2021

Ce texte est encore et aussi un appel !

Un appel à toutes celles et tous ceux qui ont une âme de gauche et refusent de revoir ce scénario – de plus en plus annoncé – d’une élection présidentielle 2022 avec le terrible duel Le Pen – Macron, refusant de voir Macron réélu et affolés de voir que l’élection de Marine le Pen est malgré tout possible.

Un appel à celles et ceux qui voient chaque jour le jeu des candidats de gauche ou des partis de gauche anéantir à chaque annonce les chances de pouvoir mettre fin à la politique néolibérale qui s’est saisie  de tout le pays.

Un appel à tous, toutes celles et ceux, qui pensent qu’il faut faire quelque chose et ne savent pas quoi… et qui se réfugient aujourd’hui dans l’abstention.

A toutes celles et ceux qui voient toutes les conquêtes sociales progressivement détruites par des réformes libérales sans pitié.

A toutes celles et ceux qui assistent à la coupe réglée et au partage « entre bons amis » de toutes les entreprises de service public qui ont jusqu’alors porté l’égalité et la fraternité de façon exemplaire.

A toutes celles et ceux qui sont convaincus que le système financier, économique et surtout politique – les pleins pouvoirs au président au service des deux premiers – doivent être radicalement transformés pour mettre en place un état citoyen, et « un gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple ».

A toutes celles et ceux qui voient nos droits, l’égalité, la liberté, la solidarité, le partage s’évanouir dans le discours des politiques au pouvoir au profit d’une minorité dominante sans concession.

A toutes celles et tous ceux enfin qui assistent au pillage organisé de notre planète et la destruction des richesses de la nature au nom du profit à tout prix.

A tous ceux et celles qui refusent la fatalité et cherchent des horizons positifs et citoyens.

Cette page est un appel à dire : Stop ! NON ! Assez ! …

Stop ! Maintenant à ce jeu de pouvoir destructeur entre partis de gauche.

NON ! Tout de suite à toute forme de maintien des candidatures pour un président aux pleins pouvoirs

Assez ! aux programmes prometteurs, toujours sans suite…

Stop ! Maintenant à ce monde destructeur de nature, de biodiversité, de planète, de l’humanité entière.

NON ! Tout de suite à toute forme de maintien de ce système de production et de consommation qui ne respecte plus rien.

Assez ! aux fausses décisions, aux négociations éternelles, aux mensonges.

Alors que faire ?

Prenons la main !

Prenons la main, nombreux, pour dire que nous voulons que cesse cette foire aux candidats.

Prenons la main pour convaincre et élire un candidat de toutes les forces de gauche pour gouverner ensemble.

Prenons la main pour bâtir une république démocratique – qui nous a été confisquée – au sein de laquelle chaque citoyen puisse participer à la décision par tous les moyens possibles.

Prenons la main pour choisir, soutenir et élire un candidat unique rassemblant toutes les forces progressistes autour du projet-programme de la reconquête de la démocratie pleine et entière.

Ce texte pour réunir et tout mettre en commun, pour rassembler les expériences et actions, pour rassembler les rêves et les solutions à portée de tous et pour les offrir à tous !

Soutenez cet appel en signant à nouveau et faisant signer le plus grand nombre autour de nous pour prendre la main dès 2022.

Organisons-nous pour cette bataille pour la démocratie et pour refuser de livrer la république à la barbarie libérale, pour offrir à tous une capacité à décider à toutes les échelles – locale, régionale, nationale …

Personne seul ne pourra rien faire. Des centaines, des milliers, des millions ensemble auront ce pouvoir.

Prenons la main 2022 !

Je signe

Frédéric Lefèvre

Je sais bien qu’il est tard – Jean-Paul – juillet 2021

Je sais bien qu’il est tard et que l’envie nous manque

Je sais bien : la colère s’éteint à force de silences

Lassitude, dégoût, désespoir et rage ravalée

Juste un sourire parfois face aux pitres – histoire de rester digne

Ou pire encore un discours « réaliste » sur le monde et la nature humaine

C’est comme ça

Je sais bien qu’il est tard mais reste une étincelle

Celle qui dit regarde-moi tu te reconnaîtras

Et si se lève un jour ce regard alentour

Nous serons si nombreux que tout sera possible

Je sais bien qu’il est tard,

Que nous avons appris patiemment à nos enfants à s’adapter à ce monde, parfois à lui survivre, et qu’il faudra longtemps pour que ce monde change

Mais dans vos regards je trouve juste ce qu’il faut pour raviver mon feu

Je sais bien qu’il est tard, mais le temps qu’il nous reste peut être différent

Ce monde qui se construit sans nous mais avec nous, nous ne le voulons pas

Oui, la fatigue est grande, et nos épaules lourdes,

Il faut un second souffle, celui d’une marée montante,

Quand l’océan sûr de lui s’impose face à la dune

Il faut se souvenir qu’il est quelques valeurs qui justifient de se redresser

Et si l’un se redresse, puis deux, puis trois,

Nous serons assez fort pour renverser la table

Et dire qui nous sommes

Paroles d’abstentionnistes – Adeline Piketty – juillet 2021

Paroles d’abstentionnistes recueillies par Adeline Piketty

­‐ Je m’appelle Letika, j’ai 53 ans, je suis caissière, je suis serbe, je suis en France depuis 30 ans, je ne vote pas, car je n’ai pas la nationalité, c’est très aléatoire et pas facile à obtenir les papiers ici. Là, je fais la démarche pour la première fois, avant je n’avais pas la force et le courage.

Je reste de la vieille gauche, celle qu’on connaissait là­‐bas, le parti des travailleurs, le communisme, mais ça n’existe plus ce monde­‐là.

Je serai contente de voter en France, à ce moment­‐là, j’étudierai les biographies, les projets, avant de me décider.

Le Pen ne me fait pas peur, car comme elle parle, c’est un peu fantaisiste. Les gens de droite, ils en font trop, ils surenchérissent. Le Pen, c’est les valeurs traditionnalistes, du passé, comme si on voulait retourner au Moyen Age. On a eu ça en Serbie, ça n’a pas marché pour eux. Ils promettent, ils promettent, mais une fois au pouvoir, ils ne font rien.

­‐ Je m’appelle Silvia, j’ai 44 ans, je suis patronne de bistro. La dernière fois que j’ai voté, c’était en 2002 par peur de Le Pen. Je ne me reconnais dans aucune des personnes qui se présentent, je viens de la banlieue et j’ai l’impression qu’on nous a laissé crever. Leur politique ne m’a jamais servi dans ma vie. Je me sens laissée pour compte. On est devenu un Etat qui réprimande, et qui n’écoute plus. Pour l’Europe, on nous a demandé notre avis, mais ils l’ont fait passer quand même. Au final, on nous la met derrière. Je pourrais retourner voter si c’était quelqu’un qui arrête de nous mentir. S’ils se battent pour avoir la place, c’est qu’elle est bonne. Ils prennent des millions et nous, on mange des pierres en attendant.

Aux dernières présidentielles, comment voter pour quelqu’un qui a trahi son propre camp, ou une qui a trahi son propre père. De toutes façons, la droite, ce ne serait jamais possible pour moi.

Peut­‐être Mélenchon, mais il me fait peur. Il est proche du peuple, mais j’ai peur qu’il me trahisse. Il est provocateur, j’ai peur qu’il en joue, et qu’au fond il veuille seulement la place. Mélenchon, il vend du rêve aux pauvres, il a tout compris en vrai.

Là, le Val de Marne est passé à droite et je me dis que j’ai peut­‐être déconné. Mais quand un homme politique me parle, je comprends pas ce qu’il me dit. Il me fatigue. Il faudrait un mec que tout le monde comprend. Ils sortent des phrases d’un kilomètre. A la fin de leur discours, je suis perdue. J’ai l’impression que la politique, c’est que pour les riches, quand t’as pas fait des études, c’est pas pour toi.

­‐ Je m’appelle Moustapha, j’ai 54 ans, je suis comédien. Je ne vote plus depuis dix ans, je n’ai plus confiance. La plupart, c’est du cinéma. Ils se connaissent hors médias, ils font la pluie et le beau temps. Ils ont fait les mêmes écoles. Devant, ils font comme s’ils n’étaient pas d’accord, alors qu’ils se connaissent tous. Je retournerai voter, si le vote devenait obligatoire, si t’avais une amende, un peu comme le vaccin.

Je les trouve pas proches de nous. Il faudrait que la confiance soit restaurée. Je ne veux plus cautionner ça. Le socialisme n’existe plus, c’est une escroquerie, une arnaque, une fausse espérance.

­‐ Je m’appelle Emilie, j’ai 29 ans, je suis graphiste et chauffeure de transport pour handicapés. Je ne me suis jamais vraiment intéressée à la politique. J’ai grandi avec mon père qui me disait que les politiques, c’était du cinéma, c’était un grand théâtre. Il a voté pour le FN en pensant que ça allait changer les choses. Je me retrouvais pas dans le vote de mon père. En grandissant, je me suis éloignée de ses idées racistes, mais mes amis d’enfance, ils sont restés là­‐dedans, ils n’ont pas évolué.

Ensuite, j’ai commencé à m’y intéresser en regardant Le Petit Journal. Après, j’ai compris l’énervement de mon père. Je n’ai pas confiance dans les médias, alors j’ai du mal à me positionner. Autour de moi, les gens étaient déçus, car les candidats ne tiennent pas leurs promesses.

Si je votais à l’encontre de mes principes, je m’en voudrais. J’ai voté une fois, aux dernières municipales en suivant l’avis de mon copain qui allait dans mon sens, c’est drôle, pour une fois que je votais, celui que j’ai choisi a été élu, tant mieux.

Plus ça va, plus j’ai envie de m’y intéresser, mais il reste le problème de la confiance. Aux régionales, j’ai lu les programmes, mais est­‐ce que c’est pas de la poudre aux yeux. Je n’arrive pas trop à me placer entre gauche et droite.

Je sais que c’est utile, mais j’ai l’impression que l’argent est roi, qu’ils font le show à la télé, mais que les gens ne comptent pas vraiment. Je ne sais pas trop quoi en penser.

Ce qui pourrait me donner envie de voter, ce serait que les gens, des plus pauvres aux plus riches, se concertent pour trouver un candidat qui les représente, plus proche du peuple. Le fait que le vote blanc ne compte pas, c’est un cercle vicieux. Je veux voter blanc, car ça ne va pas des deux côtés, mais ça ne compte pas, donc je ne vote pas.

Si à 18 ans, on m’avait expliqué les fondamentaux, sans les propos racistes qui m’énervaient, je m’y serais intéressée. Je m’y mets petit à petit.

Toma Lamano – Prenons la main – juin 2021

Prenons la main, organisons-nous entre citoyens, et construisons une candidature commune pour éviter le pire en 2022. Plusieurs initiatives poursuivent le même objectif, mais elles sont pour la plupart trop proches des partis ou trop institutionnelles pour espérer ramener à la politique tous les désengagés et tous les découragés. Or, sans eux, il n’est pas possible d’espérer une alternative.

Abstentionnistes, désengagés et découragés

15% de taux de participation au premier tour des législatives partielles dans le XXème arrondissement de Paris dimanche 30 mai. Pas beaucoup plus dans les trois autres circonscriptions ni au second tour du 6 juin. Pourtant « l’offre » politique n’a jamais été aussi vaste, ni les enjeux aussi cruciaux. Parmi les jeunes ayant l’intention de voter en 2022, Marine Le Pen est le premier choix. Emmanuel Macron le second…

Les initiatives se multiplient pour que les partis de gauche et les partis écologistes s’unissent et présentent un candidat unique en 2022 pour ne pas se retrouver au second tour entre l’extrême droite et une droite de moins en moins subtile. L’équation paraît simple : Macron et Le Pen étant porteurs tous deux d’un libéralisme économique destructeur, quoi qu’ils en disent, et leur mépris vis-à-vis des citoyens étant bien identifié, il est possible de se rassembler pour une alternative heureuse.

Mais ces initiatives perpétuent souvent sans en avoir conscience ce qui fait fuir tous les abstentionnistes d’aujourd’hui et de demain. L’autosatisfaction de réunir les bien-pensants ne suffit pas à renverser la dynamique mortifère de notre démocratie, peut-être même l’accélère-t-elle. Et l’on est en train de perdre nos dernières cartouches dans ce combat sur ce que nous pensons tous décisif.

Comment faire ? Comment ramener à la politique ceux sans qui rien ne sera possible ? Nous essayons aujourd’hui un autre chemin. Celui qui consiste à construire ensemble un « nous » et pour cela « apprendre ensemble ». C’est l’idée de Prenons la main 2022 (https://www.prenonslamain2022.fr/) , qui vise à rassembler avec pour seul programme de reprendre la main ensemble pour ces élections. Pas de programme préalable autre que celui ambitieux de reconstruire ensemble la démocratie.

Pour cela il faut réussir à oublier tous ses combats passés, accepter de construire avec des pro-nucléaires lorsqu’on s’est battus pendant plusieurs décennies contre, accepter de construire avec des pro-européens lorsqu’on pense que le frexit est un préalable à tout le reste.

On ne travaille pas ses dissensus lorsqu’on est en colère

Selon nous, c’est la seule solution. La tentative de rassembler des découragés de la politique autour d’un socle programmatique nous paraît vouée à l’échec. Parce qu’elle ne laisse aucune chance à la construction d’un « nous » assez large pour refonder quoi que ce soit et parce qu’elle reproduit la logique même du jeu politique. « Travailler nos dissensus » ? On ne travaille pas ses dissensus lorsqu’on est en colère, et l’on sait combien nous sommes en colère. Si des intellectuels veulent le faire, très bien. Même si l’on sait combien sont fragiles ces compromis. A la limite, qu’ils travaillent plutôt « l’encompassing », démarche plus ambitieuse mais plus pragmatique : l’encompassing est un terme anglais qui vise à construire un modèle plus large que deux autres, qui les « comprend » tous les deux, au deux sens du terme comprendre. Mais ne demandons pas aux citoyens de pratiquer l’encompassing, pas avant qu’ils ne se soient ressaisis de l’envie du politique. Et pour ça, une forme d’éducation populaire nouvelle est à penser. Celle où on n’explique pas que la bonne démocratie est une démocratie participative où on installe un parlement de citoyens, ou une démocratie où on peut faire des RIC, ou quoi que ce soit d’autres. Ayons confiance en les citoyens pour la construire eux-mêmes, cette démocratie. Trouvons ensemble des clefs. Que les intellectuels apportent des savoirs mais pas de solutions toutes faites. Sinon, forcément, l’on n’y arrivera pas.

Hier, à entendre les plus militants, Habermas et l’éthique de la discussion dans l’espace public étaient la clef pour refonder la démocratie. Habermas ? Nancy Fraser a levé franchement des doutes sur les concepts de sphère publique à la Habermas. Il aura fallu du temps pour que ce ne soit plus la référence. Aujourd’hui, Dewey est à la mode. J’aime bien Dewey, parce que le « public », ce fameux « nous », se construit par l’enquête. D’une certaine façon, en apprend ensemble. Mais s’impose aujourd’hui l’idée du tirage au sort, l’idée de la sagesse des foules, remis au goût du jour par Hélène Landemore. Très bien tout cela, mais expliquons le à tous et choisissons ensemble ce qu’est une démocratie. Ne prétendons pas avoir les solutions par avance. Parce qu’il y a beaucoup de chance que nous soyons surpris de ce que, collectivement, nous pouvons produire.

Ce qu’à titre personnel je n’ai pas trouvé dans la philosophie politique est la réponse à une question simple : lorsque je suis tiré au sort, ou même, simplement, lorsque je participe au débat public, dois-je le faire en tant que moi, avec mes représentations et mes intérêts ? ou, comme le disait Kant et l’a encore mieux explicité Arendt, dois-je essayer de neutraliser mes propres intérêts et d’être le plus « objectif » possible ?

Il est dommage que cette question basique reste en suspens dans nos débats démocratiques et ne soit même pas précisé dans les projets des uns et des autres, car travailler à sa réponse est sans doute ce qui permettra de réconcilier républicains, démocrates et libertaires.

Réconcilier républicains, démocrates et libertaires et renverser la table

Le pari sincère que nous partageons aujourd’hui à quelques-uns, demain à nombreux espérons-nous, c’est de reconstruire un « nous » assez fort pour prétendre renverser la table, ne pas se laisser imposer des candidats par des partis qui sont coincés par leurs propres questions existentielles, ni imposer une forme de démocratie que nous n’aurions pas construite ensemble.

Pour cela, il faut accepter que les catégories qui sont les nôtres pour penser le politique ne sont pas les bonnes. Sinon, il n’y aurait pas ce dégoût du politique qu’on observe aujourd’hui. Il faut accepter aussi qu’une avant-garde intellectuelle n’apporte pas des solutions mais des outils, du temps et de la patience pour que ce « nous » grandisse. Démocrates voulant mettre des communs au centre de nos représentations mais s’arc-boutant contre des républicains pour qui la chose publique n’est rien d’autre que cet ensemble de communs. Libertaires rêvant d’horizontalité et la posant comme une transcendance… Je ne sais pas, je crois qu’on s’est tous un peu égarés à force de cristalliser nos combats et nos idées dans notre envie de résister et par là d’exister dans ce monde qui est le nôtre mais qui nous échappe.

Prenons la main 2022, finalement, c’est le combat pour la souveraineté populaire. Mais on ne le dit pas comme ça ou pas que comme ça parce que ça fait penser certains à « souverainisme », d’autres à Rousseau et à une vision républicaine insoutenable pour des démocrates ou des libertaires.

Un bref instant, au moins pour quelques mois, essayons d’oublier tout cela pour être ensemble dans un combat décisif pour une démocratie que nous saurons construire si nous nous sentons assez forts. Ça veut dire d’emblée renoncer à des stratégies de pouvoir personnel. Ça veut dire penser un nous qui grandit jour après jour, chaque fois plus ouvert aux autres et chaque fois d’autant plus fort. Que vous soyez militants dans des partis ou signataires d’autres appels, votre place est aussi parmi nous. Rejoignez-nous ! Nous ne dispersons pas nos forces en soutenant plusieurs initiatives qui partagent le même objectif final, nous les unissons.

Hervé Chaygneaud-Dupuy – Hasard et modestie, mai 2021

Nous avons besoin d’élire un président modeste. Un président qui sait qu’il ne peut rien tout seul. Pas un président normal pour autant, on a vu ce que ça a donné. Il faut un président exceptionnel par la conscience qu’il aura du moment. Un peu comme est en train de le montrer Jo Biden. Le seul moyen d’avoir un président modeste en France compte tenu de notre régime politique est qu’il soit élu… par hasard. En tous cas, il ne faut pas qu’il croit que c’est par son seul mérite, on a aussi vu ce que ça a donné. La seule élection improbable est l’élection d’un président de gauche. Ça tombe bien parce que ce sont les seuls candidats à avoir compris, tous, qu’il fallait allier écologie, justice et démocratie. C’est clairement de ça dont nous avons besoin. Pour le reste, le programme, on demandera au successeur du Covid-19 et à la très pressante Transition de nous les dicter au fur et à mesure. Le président, le Parlement et les conventions citoyennes s’adapteront pour garder le cap. Seule la tempête est sûre, nous avons donc davantage besoin de navigateurs que de programmateurs.

Il faut donc rendre possible cette élection improbable sans que ce soit par le mérite de l’un ou de l’autre. Voilà l’enjeu pour avoir le président modeste et exceptionnel exigé par les circonstances. Rappelons-le, nous avons la décennie pour réussir une transition d’une ampleur jamais vue et, en 2022, Il ne restera que 8 ans. Le temps presse. Comment déjouer le sort et les sondages déjà bloqués sur le duel Macron-Le Pen ? Comment élire un président de gauche quand les prétendants sans enchaînés par le dilemme du prisonnier – ce prisonnier incapable de coopérer parce qu’il a plus à perdre s’il est trahi par ses rivaux-partenaires que s’il coopère alors que la coopération est pourtant la seule possibilité de libération.  Comme les prisonniers de la fable, les forces de gauche doivent toutes coopérer pour atteindre l’une des deux premières places indispensables pour être au second tour mais aucun candidat n’a intérêt à se sacrifier pour les autres. Si nous laissons faire, ils n’ont aucune chance de victoire. Il faut un deus ex machina et en démocratie le peuple seul est deus, comme dit Rousseau. Nous devons être des millions à exiger qu’il n’y ait qu’un candidat. Si nous sommes des millions, chacun sera obligé d’en tenir compte sans avoir à se déjuger ou à perdre la face. Le peuple aura parlé. C’est l’œuf de Colomb. Contrairement aux tentatives laborieuses et chronophages de candidatures citoyennes des élections de 2017 qui n’eurent aucun succès malgré l’intérêt de la démarche, il est beaucoup plus « simple » de se battre sur un objectif volontairement limité à la désignation du candidat. Pas de programme à élaborer, pas d’inconnu à mettre sur la scène, pas de sélection préalable des candidats à la candidature par des primaires qui aboutissent au résultat inverse de celui attendu. Si l’appel à une candidature unique est massivement soutenu, la désignation peut alors s’opérer par la voie démocratique la plus appropriée, le tirage au sort ayant ma préférence, toujours dans le but d’avoir un président modeste qui ne pourra pas se prévaloir de ses mérites pour son élection. On peut aussi bien recourir au vote préférentiel qui permet le classement des candidats plutôt que leur sélection. Concentrons-nous pour le moment sur l’essentiel : obtenir des millions de signatures à un appel citoyen exigeant une candidature unique à la gauche d’En marche. C’est simple et ça tombe bien, cet appel existe. Il peut être signé ici.

Publie dans persopolitique.fr – le blog d’Hervé Chaygneaud-Dupuy

Gilles Touyard – La marguerite et le bourdon, mai 2021

Comment illustrer notre initiative, sans une illustration de la chose dite mais avec une valeur ajoutée qui parle avec un langage visuel fort de l’initiative au sens large. Comme autrefois dans l’écriture héraldique, proposer un récit, une histoire qui fédère et qui, même si elle n’est pas interprétable de façon immédiate, doit être ressentie par le plus grand nombre et créer une adhésion ou l’envie de connaitre le récit qui la fonde.

Je propose la marguerite :

C’est une fleur, donc une référence à la nature et par suite logique, l’écologie qui est un peu le nerf de la guerre de cet appel, car mettre en ordre une vraie réforme écologique engage tous nos autres vœux.

Il y a eu le lys de la royauté, la rose du PS, mais surtout les noms de fleurs désignant des mouvements révolutionnaires, l’œillet, le jasmin, la rose, la jonquille, la tulipe. 

La marguerite est une fleur commune et vivace

Son nom vient du latin « margarita », et celui-ci a été emprunté au mot grec « margarites » qui signifie « Perle ».

Cette fleur est comestible et a des vertus médicinales

Dans l’inconscient collectif, son effeuillage a à voir avec les élans passionnels 

Afin d’éviter le monolithisme de la fleur seule et qu’elle ne soit une fleur de plus pour désigner un mouvement social, il serait bon de lui adjoindre un partenaire. Dans la conjonction/fusion avec l’autre, on atteint une force poétique, une émotion plus complexe qui fait récit.

Je proposerais d’ajouter un bourdon posé sur le coeur de la fleur.

Le bourdon est une figure ambivalente, il fait peur et pourtant il est inoffensif et pacifique. Il est lourdaud et pourtant c’est un grand pollinisateur .

Nous avons tous le bourdon avec ce que nous traversons actuellement. Avoir le bourdon c’est intégrer un mal et son assourdissante abstraction. Plutôt que de continuer de l’intériorise  en chacun de nous et  d’en subir les dommages, nous le mettons à jour, nous le concrétisons pour le neutraliser,  inventer une riposte possible. Ce bourdon concrétisé, exhibé et devenu commun, devient notre colère. Il est l’élément source de l’initiative. Posé sur l’humble marguerite, le bourdon devient un joyau sur son piédestal; le rayonnement  de sa force dessiné par celui des pétales. L’ensemble devient une broche, un blason, une chose que l’on exhibe avec fierté et qui nous raconte.

Le bourdon a un autre intérêt en rapport à notre récit, c’est ce que l’on nomme « le paradoxe du bourdon ». En effet, il a été démontré que le bourdon dans le rapport de sa masse et de sa surface ailée ne peut pas voler et pourtant il vole. Est-ce parce qu’il ne sait pas qu’il ne devrait pas pouvoir voler ou tout simplement parce qu’il le veut à toute force ! Nous, les bourdons pollinisateurs devons sans cesse entendre que les citoyens ne peuvent pas voler de leurs propres ailes et pourtant nous y croyons et savons même qu’avec seulement un tiers de nos ressources (1/3 de 67 million) nous pouvons atteindre n’importe quel objectif, il suffit de l’avoir choisi et comme le bourdon; de le vouloir.

En résumé, il y a donc au départ une fleur commune et vivace, symbole d’une nature non domestiquée et qui évoque les élans passionnel. Ensuite  il y a rencontre  de cette fleur avec des forces négatives « le bourdon »  et notre colère,  qui sur elle sont transcendés dans leur inversion positive, en vrai bourdon. Celui-ci est doué d’une volonté paradoxale qui défie la pesanteur. Grâce à elle, il polinise ce qui grandit naturellement, dans la cohérence et le respect de notre écosystème, de la vie et de tous.

La marguerite- bourdon, c’est nous et notre initiative. C’est un peu notre signature collective qui pourrait faire image pour le plus grand nombre.